Le Radar.
Fausse convocation judiciaire : comment reconnaître cette arnaque et réagir ?
Un courriel vous accuse d’une infraction très grave et exige une réponse rapide ? Ces messages usurpent l’identité de la police, de la gendarmerie, de la justice ou d’Europol pour provoquer la peur, obtenir de l’argent ou récupérer des informations personnelles.
Comment fonctionne la fausse convocation judiciaire ?
Le message arrive généralement par e-mail, parfois accompagné d’un document présenté comme une convocation, une notification judiciaire ou un mandat. Il peut reprendre des logos officiels, des noms de responsables, des signatures, des tampons, des références de dossier et un vocabulaire juridique impressionnant.
Le destinataire est accusé d’infractions volontairement graves et choquantes, notamment liées à des contenus pédocriminels. Le fraudeur prétend qu’une enquête informatique, une « cyber-infiltration », une adresse IP ou de prétendues preuves numériques auraient permis de l’identifier.
Le message provoque un choc.
L’accusation est choisie pour déclencher immédiatement la peur, la honte et l’envie de se justifier.
Un délai très court est imposé.
Le courriel exige souvent une réponse sous 24, 48 ou 72 heures afin d’empêcher toute vérification indépendante.
Le fraudeur ouvre un échange.
Il demande des explications, une pièce d’identité, des informations personnelles ou cherche simplement à confirmer que l’adresse e-mail est active.
Une somme d’argent est réclamée.
Après le premier contact, une prétendue « amende » ou transaction peut être proposée pour éviter les poursuites, supprimer le dossier ou empêcher une divulgation publique.
Le document peut paraître très officiel sans l’être.
Un logo, une signature, un nom réel ou un article de loi peuvent être copiés, détournés ou inventés.
L’apparence seule ne permet jamais de confirmer l’authenticité d’un message.
Pourquoi ces messages sont-ils si déstabilisants ?
Cette arnaque repose moins sur la perfection du document que sur l’intensité des émotions qu’il provoque. Une personne paniquée cherche souvent à faire disparaître la menace avant même d’avoir vérifié son origine.
Une accusation particulièrement grave.
Le sujet est choisi pour choquer, désorienter et réduire la capacité à prendre du recul.
Une menace de divulgation.
Le fraudeur peut prétendre qu’il informera les proches, l’employeur ou les médias afin d’isoler sa cible.
Un délai destiné à empêcher la vérification.
Plus le destinataire agit vite, moins il a de chances de demander conseil ou de contacter un service officiel.
Recevoir ce message ne signifie pas que vous êtes visé par une véritable enquête.
Ces courriels sont envoyés massivement. L’accusation est un outil de manipulation, pas une preuve.
Les forces de l’ordre envoient-elles ce type de convocation par e-mail ?
Pas de cette manière. Le ministère de l’Intérieur indique que ses services n’envoient pas un simple courriel accusatoire pour procéder à une audition. Les infractions évoquées dans ces fausses convocations ne se règlent pas non plus par une transaction négociée avec la police ou la gendarmerie.
Une procédure réelle ne vous demande pas de répondre à une adresse douteuse, d’envoyer une copie de votre pièce d’identité à un interlocuteur inconnu ou de verser de l’argent pour faire disparaître les poursuites.
Le bon réflexe consiste à repartir d’une source indépendante.
N’utilisez ni le numéro, ni l’adresse, ni le lien figurant dans le message. Saisissez vous-même l’adresse
du site officiel ou contactez directement un commissariat, une brigade de gendarmerie ou le service public concerné.
Quels signaux doivent vous alerter ?
Un signal isolé ne prouve pas automatiquement qu’un message est frauduleux. En revanche, l’accumulation de plusieurs éléments doit vous inciter à interrompre les échanges et à vérifier par un autre moyen.
- Une accusation extrêmement grave et inattendue, formulée dès les premières lignes pour provoquer un choc.
- Une réponse exigée sous quelques heures ou quelques jours, avec des menaces en cas de silence.
- Une adresse d’expéditeur incohérente, utilisant une messagerie gratuite ou un domaine sans rapport avec un service public.
- Une demande de paiement pour éviter des poursuites, supprimer un mandat ou empêcher une publication.
- Une demande de pièce d’identité, de justificatif de domicile, de selfie, de signature ou de coordonnées bancaires.
- Des formulations étranges, des fautes, des titres administratifs incohérents ou un mélange de vocabulaire policier et judiciaire.
- Une menace d’informer vos proches, votre employeur ou les médias afin de vous empêcher de demander conseil.
- Une pièce jointe impressionnante dont l’apparence officielle est utilisée comme unique preuve d’authenticité.
Examinez toujours l’adresse complète de l’expéditeur.
Le nom visible peut afficher « Police », « Gendarmerie » ou « Europol » alors que l’adresse réelle mène
vers une messagerie ordinaire ou un domaine sans lien avec l’organisme prétendument représenté.
Que faire lorsque vous recevez une fausse convocation ?
Ne paniquez pas.
L’accusation est précisément conçue pour vous faire perdre vos réflexes. Prenez quelques minutes avant toute action.
Ne répondez pas.
Une réponse confirme que votre adresse est active et permet au fraudeur de poursuivre la manipulation.
Ne payez rien et ne transmettez aucun document.
N’envoyez ni pièce d’identité, ni justificatif, ni coordonnées bancaires, ni signature, ni information concernant vos proches.
N’ouvrez aucun lien suspect.
Un lien peut conduire vers une copie de site institutionnel ou déclencher le téléchargement d’un programme malveillant.
Vérifiez par un autre canal.
Recherchez vous-même les coordonnées officielles de l’organisme concerné. Ne reprenez jamais celles indiquées dans le message.
Conservez les preuves et signalez.
Gardez le courriel, l’adresse complète de l’expéditeur, la date, les menaces, les demandes de paiement et des captures d’écran. Vous pouvez ensuite utiliser le service public 17Cyber et signaler le courriel à Signal Spam.
Marquez ensuite le message comme indésirable.
Cela réduit le risque d’une interaction accidentelle et aide votre messagerie à filtrer des courriels similaires.
Vous avez répondu, payé ou envoyé un document ?
Une erreur n’est pas une condamnation. Interrompez les échanges, conservez les preuves et agissez selon ce qui a été transmis. Plus la réaction est rapide, plus il est possible de limiter les conséquences.
Coupez immédiatement le contact.
Ne cherchez plus à vous justifier. Conservez toute la conversation et vérifiez précisément les informations déjà communiquées.
Prévenez le risque d’usurpation d’identité.
Demandez l’aide de 17Cyber, envisagez un dépôt de plainte et surveillez toute création de compte, demande de crédit ou démarche inhabituelle à votre nom.
Contactez votre banque sans attendre.
Utilisez son numéro officiel, demandez si l’opération peut être suspendue ou rappelée, conservez les références du paiement et déposez plainte.
Vous avez cliqué sur un lien ou ouvert un fichier.
- Fermez la page ou le document sans poursuivre et ne téléchargez aucun fichier supplémentaire.
- Lancez une analyse de sécurité avec un outil à jour.
- Changez le mot de passe de votre messagerie si vous avez saisi vos identifiants.
- Activez la double authentification et vérifiez les règles de transfert automatique de votre boîte mail.
- Modifiez aussi les mots de passe réutilisés sur d’autres services.
- Surveillez les connexions inhabituelles et toute nouvelle tentative de contact.
Ne payez jamais une seconde fois.
Après un premier versement, le fraudeur peut inventer une nouvelle sanction, un solde restant ou des frais supplémentaires.
Chaque paiement confirme seulement que la pression fonctionne.
Une arnaque aux conséquences bien réelles.
En 2023, la Gendarmerie nationale a annoncé l’interpellation de 19 personnes dans une enquête liée aux fausses convocations judiciaires. Le bilan communiqué faisait état de 150 000 signalements, de plus de 300 plaintes et d’un préjudice estimé à au moins 3,3 millions d’euros. Certaines victimes avaient versé entre 1 400 et 90 000 euros.
Ces chiffres rappellent pourquoi il ne faut jamais culpabiliser les victimes. Le message est construit pour provoquer la peur, la honte et l’isolement. Demander un second avis à un proche, un collègue, un aidant numérique, une association ou un professionnel est un véritable réflexe de sécurité.
Questions fréquentes.
Un logo officiel prouve-t-il que le message est authentique ?
Non. Un logo, une signature, un tampon ou le nom d’une personnalité peuvent être copiés très facilement. L’adresse réelle de l’expéditeur, la nature de la demande et la vérification indépendante sont plus importantes.
Dois-je répondre pour expliquer qu’il s’agit d’une erreur ?
Non. Répondre confirme que votre adresse est active et ouvre la porte à une pression plus forte. Ne vous justifiez pas auprès de l’expéditeur.
Une véritable procédure peut-elle être annulée contre un paiement ?
Non. Les infractions évoquées dans ces courriels ne se règlent pas par une transaction proposée par e-mail avec la police ou la gendarmerie.
Que faire de la pièce jointe ?
Ne l’ouvrez pas. Si elle a déjà été ouverte, ne lancez aucun autre fichier et n’activez aucune fonctionnalité demandée. Conservez-la comme preuve sans la transférer inutilement à d’autres personnes.
Où demander de l’aide ?
Le service public 17Cyber propose un diagnostic gratuit et des recommandations adaptées. Selon la situation, il peut aussi permettre un échange avec un policier ou un gendarme.
Sources officielles.
Le réflexe à retenir.
Face à une accusation grave reçue par e-mail : je m’arrête, je ne réponds pas, je ne paie pas, je ne transmets aucun document et je vérifie par un autre moyen.
Pour vous entraîner sans aucun risque, découvrez les simulations pédagogiques de PIÈGE OU PAS ? et apprenez à observer les signaux d’alerte avant de prendre une décision.